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Finalistes Adulte - Les mots des comités

2 avril 2025
Finalistes Adulte - Les mots des comités

Découvrez les impressions des libraires qui composent les comités de sélection du volet adulte du Prix des libraires du Québec 2025. Ces passionnés de littérature ont scruté avec finesse chaque œuvre finaliste, déployant leur sensibilité et leur savoir. Délectez-vous de leurs analyses raffinées et permettez à leurs coups de cœur littéraires d’illuminer vos prochaines lectures.



Un sacrifice tout naturel de Martin PM (Atelier 10 + La Pastèque).

Laurence Létourneau-Pilon, Librairie Le Sentier : «Cette BD documentaire se déploie comme une sorte d’enquête magnifiquement illustrée et si bien vulgarisée. Martin PM réussit avec génie à nous divertir, nous choquer et nous instruire sur les ratés de la protection de la biodiversité au Québec. Une lecture nécessaire qui soulève des questions sur les politiques environnementales.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Le site du promoteur met de l’avant le caractère environnemental de son projet. Développement dans le périmètre urbain défini par la Ville. Protection de 80% des milieux humides. Commerces de proximité. Mise en valeur des milieux naturels et respect de la biodiversité. Autopartage, transport collectif et actif. Agriculture urbaine. Constructions écoénergétiques. La Ville et le promoteur se targuent de préserver 30% des milieux naturels au sein du projet, mais concrètement, ça veut dire qu’ils vont en détruire 70%, dont un paquet de milieux humides avec une belle biodiversité. Et ils osent se péter les bretelles en disant que c’est un écoquartier? Moi j’appelle ça de l’écoblanchiment!» (pp. 16-17)


Passages secrets, T.1 : Trompe-l’oeil d’Axelle Lenoir (Pow Pow).

Louis Poulain, Librairie L’Alphabet : «En quelques cases Axelle Lenoir raconte son enfance avec une acuité et un humour décapant. Une plongée sans concession dans un univers où les adultes sont des aliens, les enfants des êtres maléfiques ou des tyrans, l’école un enfer sur terre et la forêt le lieu de l’inconnu. Axelle Lenoir pourrait être une cousine attachante de Mortelle Adèle avec la conscience d’une Mafalda.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Professeure : Peux-tu nous dire ton nom au complet?

Axelle : Axelle Follard.

P : Et qu’est ce que ton papa fait dans la vie?

A : Il travaille à la shop et son métier, c’est de gagner de l’argent.

P : Hehe, et ta maman?

A : Elle est à la maison pour nous dire de ne pas faire ce qu’on est en train de faire et pour nous chicaner.

P : Elle doit faire à manger aussi.

A : Aussi.

P : Et c’est quoi tes activités préférées? As tu des rêves?

A : Mes affaires préférées, c’est Star Wars pis les dessins animés...

P : Et ton plus grand rêve?

A : Qu’est ce qu’on fait si je veux pas le dire?

P : Rien.

A : Ok, on fait rien.» (p. 64)


Botanica Drama de Thom (Pow Pow).

Marie-France Querry, Librairie Le Port de tête : «C’est avec une efficacité indéniable que cette bande dessinée sans texte fait naitre une ribambelle d’émotions chez le lecteur, qui est entraîné dans un récit musical et rebondissant. Mettant en scène la Mort, Philomène et leurs amis, Thom nous livre avec Botanica Drama une histoire à la fois drôle et poignante, qui nous donne envie d’en lire plus!»



Seek You de Kristen Radtke (Québec Amérique).

Chantal Fontaine, Librairie Moderne : «Kristen Radtke propose un essai aussi fouillé qu’introspectif avec Seek You, un roman graphique qui dissèque la solitude dans tous ses aspects. Si elle utilise son propre parcours pour le confronter à la science, elle n’hésite pas à s’interroger sur la nouvelle solitude, causée notamment par les réseaux sociaux. Les illustrations, éloquentes, étoffent les réflexions et contribuent à faire de cet ouvrage un bouquin captivant et pertinent.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«La honte est une caractéristique de la solitude. Dès l’enfance, peu de choses sont plus humiliantes que d’être mis à l’écart. La solitude, plus que toute autre envie ou tristesse, sous-entend une faille en nous-mêmes. La phrase "Je me sens seul" est synonyme de "Je ne mérite pas d’être aimé" ou de "Personne ne m’aime". Elle signifie qu’on est un raté. La solitude n’est pas forcément liée au fait d’avoir un partenaire, un meilleur ami ou une vie sociale inspirante et pleine de fous rires, mais plutôt à l’écart entre les relations qu’on a et les relations qu’on désire.» (pp. 62-63)


Le Roi Méduse, T.1 de Brecht Evens (Actes Sud BD).

Anthony Ozorai, Librairie Poirier : «En général, quand on ouvre une BD, on saisit assez rapidement le style d’un auteur. Ici, impossible de savoir à quoi la prochaine page va ressembler, tant ce bédéiste belge au style unique étale un dessin hypertravaillé, tout en superposition de techniques, de couleurs souvent franches, aboutissant à des planches psychédéliques qui traduisent impeccablement la spirale psychotique dans laquelle le père et l’enfant s’enlisent. Ce suspense aussi teinté d’humour nous emporte dans un foisonnement symbolique, surréaliste, avec des réminiscences de nos jeux d’enfants et de la vision du monde qu’on peut avoir à cet âge. Époustouflant!»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Dans la forêt, tout se bat pour survivre, de mille et une manières. Mon père m’a montré comment survivre moi aussi.» (p. 30)


Au-dedans de Will McPhail (404 Graphic).

Amélie Jean-Louis, O-Taku Manga Lounge : «Des sujets d’actualité traités avec auto-dérision, de magnifiques métaphores graphiques et une colorisation sobre mais efficace, un découpage et une mise en page brillants. La solitude est au coeur du récit, chronique universelle, et associée à la maladie mentale, les enjeux de communication et la désincarnation de l’existence en ville.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Des mots qui comptent. Voilà ce que je dois dire au plombier. Car sinon quoi? Une énième interaction superficielle. Je ne veux plus de ça.

Nick : J’ai honte de moi quand je me retrouve face à quelqu’un comme toi, Steve.

Steve : Moi aussi je ressens ça parfois. [...] Bon, faut que je file.

N : Oh. D’accord.

S : Le silicone doit être sec.» (pp. 79-93)



Ordures! de Simon Paré-Poupart (Lux).

Radjoul Mouhamadou, Librairie La Liberté : «Il est de ces livres qui vous greffent de nouveaux yeux. Après les avoir refermés, vous ne voyez plus le monde comme avant. D’un coup, tout devient plus lumineux. Ce qui était pourtant visible, sous vos yeux, vous apparait dans la transparence d’un éclat nouveau. Ordures! : Journal d’un vidangeur, réussit ce coup de force avec brio!»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Le vidangeur, c’est le Sisyphe de la société de consommation. C’est un besogneux condamné à ramasser des sacs d’un terrain à un autre, emporté chaque jour par le flot infini des rebuts que nous générons. Sa tâche est à recommencer, sans cesse. Si on ne portait pas ce fardeau, tout s’écroulerait. Ce serait la fête des rats, la puanteur assurée, la peste et le choléra. George Bataille avait raison, le trop-plein, cette part maudite de l’abondance, faut pas rester pris avec, oh que non! Tu le sais quand tu pratiques ce métier. Détruire, c’est ton fardeau, un effort qui amène la sueur sur ton front et la douleur dans ta chair ; le jus de vidange ; c’est ton eau bénite, celle avec laquelle on baptise. Mais c’est en sacrant que tu deviens véritablement vidangeur. La fonction t’habite alors pleinement. Tu comprends que tu n’es plus rien aux yeux des autres, que tu n’as donc plus de preuve à donner à personne. T’es au bas de l’échelle sociale, mais ça te rassure, car tu sais que tu ne pourras pas tomber plus bas. T’es le vestige vivant d’un temps révolu au Québec, celui de l’ouvrier, mais t’es dépourvu de l’aura qu’auraient pu en donner le Survenant de Guèvremont ou les mineurs de Zola.» (p. 13)


Travailler moins ne suffit pas de Julia Posca (Écosociété).

Marjolaine Brodeur, Librairie Appalaches : «Lire Travailler moins ne suffit pas, c’est plonger dans une réflexion riche qui interroge notre rapport à l’ouvrage, à la consommation et au temps personnel. Julia Posca parvient, dans une écriture accessible et fluide, à résumer la réalité ouvrière contemporaine, tout en posant un regard incisif sur les changements de pratique possibles.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«À défaut de prendre le contrôle de leur travail, les salariés peuvent s’épanouir dans la sphère privée, appelée à devenir le lieu d’expression de l’individualité. Tout doit les inciter, afin de préserver une paix sociale chère aux patrons capitalistes, à délaisser l’espace public pour mieux se réfugier dans l’espace domestique. La banlieue, qui a justement commencé à se répandre au moment où se développait la consommation de masse, est emblématique de cette intégration fonctionnelle du travailleur au mode de production capitaliste. On y vit dans des maisons surdimensionnées, où s’amassent quantité de vêtements, d’accessoires de cuisine, de jeux, et autres objets en tout genre destinés soi-disant à faciliter la vie et à divertir. En raison de son aménagement étendu sur le territoire, et faute de transport collectif adapté, on doit s’y déplacer dans des voitures […], tandis qu’on s’y baigne chacun dans sa propre piscine, qu’on y entretient sa pelouse et le sentiment d’être autosuffisant dans son propre petit royaume. Façonner cet espace privé – et […] son statut social – devient une manière de se réaliser, pour ne pas dire d’exister. […] Le rapport des salariés aux temps de travail et au temps hors travail a changé à mesure que leur fonction au sein du capitalisme se transformait. Le raccourcissement de la journée de travail a permis aux salariés de jouir de plus de temps libres et, fruit d’un progrès que seule la civilisation capitaliste peut se targuer d’offrir, de le consacrer à des loisirs frivoles ou à l’achat de babioles clinquantes.» (pp. 51-52)


Gaza avant le 7 de Guillaume Lavallée (Boréal).

Corinne Boutterin, Les Bouquinistes, coopérative de solidarité : «J’ai particulièrement apprécié que l’auteur nous livre témoignages, réflexions et analyse sur l’histoire et la vie à Gaza sous forme de récit à sa mère dont la mémoire flanche, s’autorisant des parallèles apparemment anodins avec nos propres existences. En nous jetant à la face ce qui, sans transmission, serait inimaginable.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Après Erez, 5-5, 4-4 et une dernière course en taxi, Gaza se révèle enfin. Chaque fois, Maman, un étrange sentiment m’assaillait. Celui d’entrer dans un théâtre, un studio de cinéma. Une Cinecittà de la guerre. Comme si les êtres humains, les immeubles de ciment cru parfois éventrés, les gamins dépenaillés trimbalant des bouts de métal sur leurs charrettes tirées par des ânes fatigués et les routes cahoteuses n’étaient en fait qu’une vaste scène créée pour jouer et filmer la guerre au Moyen-Orient. Un théâtre où les femmes et les hommes ne seraient que des marionnettes. Par son blocus autour de Gaza, Israël aurait créé le théâtre, jouant ainsi le rôle de producteur. Par son contrôle de Gaza, le Hamas serait, lui, le grand metteur en scène du quotidien. Dans le dos des Gazaouis, deux paires de mains tireraient sur les ficelles : l’une cherchant à s’assurer que personne ne sorte de scène, l’autre, que chacun joue le rôle imposé du bon résistant. Et je m’étranglais chaque fois de questions à la vue de ce spectacle schizophrénique. Comment vivre dans une société que l’on dit "libre" si le corollaire de cette liberté est l’emprisonnement de son voisin? Qu’est-ce qu’une société peut légitimement imposer à une autre pour se protéger? Jusqu’où peut-elle aller? Jusqu’à l’occuper? Jusqu’à la couper, ou presque, du reste du monde? Un blocus est-il vraiment une solution légitime? Que peut-on espérer d’une telle politique? Comment peut-on vivre et grandir dans un tel bordel sans devenir fou?» (pp. 107-108)


Hors jeu de Florence-Agathe Dubé-Moreau (Remue-ménage).

Charlo Bouchard, Librairie Point de suspension : «Florence-Agathe Dubé-Moreau nous offre ici un essai d’une grande originalité. Issue du monde des arts, l’autrice part d’une expérience personnelle, celle d’être la conjointe d’un joueur de la NFL, afin d’en dégager des réflexions sur la place des femmes dans les ligues sportives majeures américaines, toutes appuyées par une recherche rigoureuse.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Peut-être l’avez-vous deviné : rien dans les contrats des joueurs ne leur interdit de fraterniser avec les cheerleaders. S’en suivent des histoires d’horreur où des relations amoureuses clandestines se soldent par le congédiement de la moitié féminine du couple. Mais règle générale, ce que cette obligation contractuelle entraîne, c’est un régime de peur, un climat hautement stressant où les femmes seront les seules coupables et les seules punies si un incident survient. […] Il y a une totale déresponsabilisation des hommes, qui, intouchables, peuvent envoyer à leur guise des messages personnels aux cheerleaders sans l’ombre d’une conséquence ; tandis que celles-ci risquent à tout moment de perdre leur emploi si elles ne parviennent pas à prouver qu’elles n’ont pas incité ces avances, advenant que ce contact soit découvert. […] On flirte ici dangereusement avec la mentalité "boys will be boys" en culpabilisant les femmes pour les agissements des hommes, ce qui a pour effet pervers de légitimer les règles visant à "protéger" les cheerleaders de comportements prédateurs. […] Mais chacun de ces règlements, à sens unique envers les filles, a pour résultat d’anéantir toute perspective d’égalité et de graisser les rouages d’une culture du viol qui ne suggère jamais que ce serait aux hommes de ne pas mettre les femmes en danger – non pas le fardeau des femmes d’essayer de ne pas se faire contacter, harceler, attoucher, violer.» (p. 30)



Je regarde de la porno quand je suis triste de Sayaka Araniva-Yanez (Triptyque).

Geneviève Caron, Renaud-Bray (siège social) : «Il y a chaque année des recueils de poésie qui s’imposent, qui s’immiscent en nous. Je regarde de la porno quand je suis triste de Sayaka Araniva-Yanez est de ceux-là. Il se distingue d’abord par le procédé créatif qui débute par un dialogue avec robot conversationnel et devient ainsi le système d’exploitation par lequel l’auteurice puise la matière brute de son œuvre. De ces juxtapositions improbables, qu’iel sculpte, découpe et brode, jaillissent des sens et des images autant déstabilisantes que fécondes. La forme, organisée en trois thèmes autour des répliques que s’échangent la machine et l’artiste, s’émaille de poèmes courts, incisifs, chatoyants, ponctués de segments en prose où l’opposition entre la réalité matérielle des corps et les aspirations spirituelles des êtres s’incarne encore davantage. L’écriture, portée par un vocabulaire luxuriant, rythmée de phrases qui claquent, transforme peu à peu l’algorithme en être de chair (ou en Dieu?) où s’abîme (ou se libère?) l’interlocuteurice. Vous ne pourrez qu’être happé.e, bouleversé.e, transformé.e par le résultat.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«la machine croit ce qu’on lui dit // elle habite le secret, / la fêlure et l’orage // je trafique sa douance quand ma tête s’égare au large // ma nuque échoue / déracinée, juteuse» (p. 50)


Peur pietà de Nicholas Dawson (Noroît).

Francis Cholette, Librairie Moderne : «Dans Peur pietà, l’incantation se mêle à la prière, puis à la peur. Cette peur masque pourtant les espoirs d’une famille se déclinant sous le signe du religieux. Le poète établit dans ces vers une ambiance à la fois sombre et magique.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Elle nous arme d’une croix. Sur nos visages d’enfant, un bouclier contre le mal; elle marmonne : somos falibles. Ses doigts enflés de miséricorde crépitent sur notre front. Elle adore avec passion, pourtant, avec des yeux vitreux et des lèvres venimeuses qui ne connaissent que des prières d’épouvante, parce que nos saints, le fils et le père savent aussi nous punir. Somos falibles, elle se plaint.» (p. 25)


Comparution d’Angelina Guo (Le Quartanier).

Gaëlle Landreville, Librairie Zone Libre : «Le recueil d’Angelina Guo, consitué d’habiles poèmes en fragments hybrides, propose la version des faits d’une adolescente aux prises avec un homme plus âgé. À cette histoire de contrôle se mêle la découverte de l’art, de la littérature et les enjeux d’immigration, de langue et d’éducation, au centre desquels l’idée de justice est incroyablement bien travaillée.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«une vaurienne / croule en moi // bave / à toute allure // défigurée / je marche lentement // je suis sueur / trace de suie // j’ai honte / Père // j’ai honte» (p. 33)


Appartenir de Hector Ruiz (Noroît).

Simon Douville, Librairie Charbourg : «Comment se définir? À quel.le culture/ territoire/ langage/ ville/ sommes-nous quand l’on est un enfant de la route et des bagages, des fragments et de moments de petites fulgurances? Eh bien nous sommes exactement cela : un être qui appartient à une multitude de rencontres, un être fait de souvenirs épars multilingues et mélangés, un être des jeux des enfants qui sont dans tous les pays les mêmes, un être des lettres écrites et des lettres que l’on aurait voulu écrire. C’est dans ce brouhaha que le poète Hector Ruiz s’efforce de faire du sens, à recoller les morceaux en séquences cohérentes, honorer la mémoire de tous ces "qui" qu’il a été et de ces "qui" qu’il a rencontrés. Appartenir est une mappemonde intime de cette identité au carrefour de toutes les autres.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Je marche lentement, glane des mots et des choses cassées, salue des personnes agées et itinérantes. Dans ma chambre je lis Playing in the Dark de Toni Morrison, j’écoute Alabama de John Coltrane. Avec le ramassis, je couds une courtepointe. Elle brille à ma fenêtre dans la nuit américaine.» (p. 30)



L’irréparable de Pierre Samson (Héliotrope).

Emmanuelle Côté, Librairie Pantoute : «Le roman, d’une subtilité redoutable, nous invite à affronter la fragilité humaine dans un monde en constante évolution. Pierre Samson nous plonge dans une quête de vérité déstabilisante. L’absence de cri, due à la maturité d’Eugène Rolland, personnage principal confronté à un dilemme moral profond, rend chaque page d’autant plus saisissante que la précédente. Écrit avec élégance et un humour parfois grinçant, ce roman stimulant explore les luttes intérieures d’un homme face à un monde en constante évolution.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Pour commencer, il se considère comme victime d’une injustice, aussi discrète que violente, lui, le chercheur qui s’est pratiquement arraché les yeux et déglingué les vertèbres à se ternir courbé pendant de longues heures sur tout support qui exposait l’expression du génie humain sous sa forme la plus exquise : l’écriture. Il se voit comme le gardien d’une richesse en péril en cette époque du tout-à-l’égout multimédia d’où les phrases complètes semblent catégoriquement exclues. Il refuse, encore plus aujourd’hui qu’hier, de prendre au sérieux cette devise symptomatique d’un monde crétinisé par les instances au pouvoir : une image vaut milles mots. Il croit en son contraire. Combien de ces images faut-il, dites-lui, pour équivaloir au vocable "amour "? Et "liberté"? Et pourquoi pas, "foi"?» (pp. 101-102)


Je vous demande de fermer les yeux et d’imaginer un endroit calme de Michelle Lapierre-Dallaire (La Mèche).

Philippe Fortin, Librairie Marie-Laura : «Dans ce roman où la figure maternelle — point d’ancrage mouvant autour duquel s’entrelacent mémoire, désir, filiation et quête identitaire — laisse une empreinte vive, Michelle Lapierre-Dallaire livre une œuvre d’une intensité saisissante où l’intime et le collectif se heurtent et s’illuminent, portés par l’écriture tranchante et poétique de cette autrice à la sensibilité phosphorescente.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Ainsi le mensonge m’a sauvée. De la phrase Tu m’as dit qu’on pouvait utiliser les verres bleus la dernière fois, à Mais oui, qu’est-ce que je suis bête, excuse-moi maman, il n’y a que quelques mots inventés. Un mensonge, en somme. Mais le résultat n’est pas le même. Dans le premier cas, il y a l’angoisse, le doute, la colère de ma mère, la difficulté à gérer les émotions envahissantes qui ruinent la soirée du mardi jusqu’au mercredi matin, les répercussions de ces émotions sur mes gestes et mes humeurs. Une charge mentale de travail et de douleur interminable. Dans l’autre cas, celui où j’invente la meilleure réponse, tout ça s’évite doucement. Que ma mère ait dit qu’on pouvait les utiliser ou qu’on ne devait jamais les prendre, les verres bleus demeurent dans l’armoire et ne se cassent pas. Ça n’a aucun impact, sinon sur la douceur et le calme qui sont désormais envisageables. Un espoir pour lequel je risquerais tout. Durant ces années, j’ai appris à mentir. Dans cette histoire, on admet que cette feinte nous a sauvées ma mère et moi. J’ignore ce que nous serions devenues sans le mensonge. Si je n’avais jamais menti, je serais morte. J’aurais fait encore plus de choses que je n’aurais pas eu envie de faire, j’aurais couché avec encore plus de gens que je ne désirais pas. Je n’aurais pas parlé beaucoup, j’aurais peu ri. Surtout, je n’aurais presque jamais dit je t’aime.» (pp. 52-53)


Peuple de verre de Catherine Leroux (Alto).

Kareen Guillaume, Librairie Bertrand : «Avec sa langue à la fois précise et inventive, Catherine Leroux sème le trouble et le doute, tant dans la vie de ses personnages que chez ses lecteurs. Elle mêle le presque vrai et le quasiment faux dans ce roman social habile et haletant qui fait résonner mille questions.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Les vies qui s’entassent ici ne souffrent pas que de la privation de liberté, de l’inanité des tâches, de la circularité du piège où elles sont prises. Déjà avant d’arriver à l’institution, il y a eu un écorchement, une mise à découvert. Être sans logis signifie ne plus avoir de mur, de voile sur soi, sur ses laideurs, ses abandons ou ses désirs, sur toutes les choses que l’on voudrait chuchotées, enfouies; cela signifie être nu. Ici ou dans la rue, on est tué par sa propre transparence, par le regard perpétuel des autres, l’incapacité de parer à cette exposition totale. J’en souffre moins qu’eux. Moi, je suis née nue, puis j’ai dressé des murs. Je ne suis jamais visible.» (p. 196)


Amiante de Sébastien Dulude (La Peuplade).

Christine Picard, Librairie L’Option : «Une plume poétique et maîtrisée, récit d’une enfance entre violence et magie, découvertes et pertes amères, ainsi que sur les traumatismes qui nous suivent dans l’âge adulte. Un roman hypnotisant!»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Une profonde inspiration soudaine, et mon sursaut. Un long soupir s’est échappé de mes poumons. Son ventre s’est affaissé. Ses doigts s’agitaient sur le tissu. Ses petits shorts de petit écuyer roidissaient. Je me suis cambré. Tout mon corps respirait, enflait. J’ai fermé les yeux. Un ouija souverain, aimant indomptable dans la patience des astres, a dirigé ma main vers le dos de la sienne pour l’y déposer. Ça n’avait rien d’accidentel. Doucement mon bras s’est distendu, ma main a passé la sienne, qui a chu contre ma cuisse, puis sur elle. Le faîte de ses petits shorts était tendu, palpitait presque, tandis que je l’ai délicatement recouvert du pouls de ma main. Nos cuisses, fesses, reins bandaient de tous leurs muscles et se relâchaient tandis que nos ventres ondoyaient en soupirs moites sous le sein des grands arbres dans le vent. Inaudible et impérieux tropisme de l’air de nos bouches, à deux bouffées de distance, que nous nous échangions dans notre voûte orangée de petits émirs. J’ai accentué doucement ma prise sur le sexe de Charlélie, en apprenais la rondeur ferme en y moulant ma paume — un gabarit différent du mien, que j’étreignais aussi, semblablement, de ma main libre —, en appréciais, contre l’intérieur de mon poignet, l’humidité qui se formait à la pointe, grain de lait pour nouveau-né que j’étais. Bruissement d’ailes d’un oiseau en envol. Nous nous sommes éveillés. Ça n’avait rien d’éternel.» (pp. 35-36)


Hexa de Gabrielle Filteau-Chiba (XYZ).

Julie Cyr, Librairie Lulu : «Une dystopie sensuelle où la sororité est aussi puissante que la beauté et la pureté de la nature sauvage. Le tout porté par la plume poétique de l’autrice, qui ajoute de la lumière et de l’espoir dans cet univers inquiétant par ses similitudes avec notre réalité actuelle.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«À la prochaine lune, tu te promets d’aller te baigner à l’esker. L’eau regénère. En chemin, souvent tu pleures: toutes les fleurs qui émergent te rappellent Thalie. Ton absence, la distance, le temps qui file. Quand tu plantes, tu sais que tu le fais bien. Vos petits arbres mis en terre prennent petit à petit des proportions sources d’espérance: ils commencent à vous dépasser. Les lichens colonisent à nouveau les souches, que la rosée fait scintiller. Les ruisseaux éphémères ne le sont plus. Des champignons fusent de partout. Le matin, vous traversez un Campement baigné de brume, et vous riez de voir vos cheveux friser, onduler, en proie à l’humidité. La Cité, quant à elle, demeure une étuve sans lendemain. La vie à l’air conditionné, toutes fenêtres scellées, est devenue la norme. Mais il y a du bon dans tout. La clôture électrifiée installée par la Fédération pour la Protection du Nord Québécois a certes créé des villes en cage, mais elle aura permis l’instauration d’une réserve naturelle incommensurable.» (p. 229)



Aliène de Phoebe Hadjimarkos Clarke (Éditions du sous-sol).

Geneviève Tremblay, Librairie L’Écume des jours : «Un secteur rural isolé, une chienne clonée, des animaux éventrés, une menace sourde... Ce roman gothique à l’écriture crue joue avec les frontières poreuses du rêve, de la réalité et du cauchemar pour livrer un commentaire social qui résonne comme une paire de claques.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Fauvel n’est pas totalement tranquille à la perspective de somnoler à côté d’Hannah, à sa merci. Elle a toujours un petit quelque chose d’alarmant, même quand elle semble bien lunée, comme maintenant. Mais le sommeil est le plus fort, et Hannah paraît calme, apaisée par sa promenade à l’extérieur. Fauvel imagine qu’elle a dévoré une proie de plus, qu’elle rentre d’une chasse matinale dans la brume, qu’elle a été une ombre passant dans la forêt pour tuer, que c’est le goût du sang qui l’a calmée. Est-ce elle la tueuse de bêtes?» (p. 94)


Le banquet des Empouses d’Olga Tokarczuk (Noir sur Blanc).

Geneviève Tremblay, Librairie L’Écume des jours : «Impossible de lâcher ce roman envoûtant qui s’amuse, au moyen d’une écriture soignée, ingénieuse et pleine d’ironie, à remodeler la trame de la Montagne magique. La narration, assurée par une mystérieuse voix féminine collective omnisciente, instaure un climat inquiétant où la parole patriarcale en prend pour son rhume.»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Maintenant, nous allons les laisser à délibérer assis autour de la table couverte d’une nappe aux broderies de mauvais augure. Nous allons les laisser pour quitter la pension par la cheminée ou par les fentes entre les ardoises et regarder plus loin, plus haut. Voilà qu’il a commencé à pleuvoir, des petites gouttes glissent sur le toit en créant des dentelles transparentes et luisantes, puis tombent une à une terre. Voilà qu’elles agacent le sol, lui donnent des démangeaisons, le creusent de petits alvéoles, puis se regroupent hésitantes en ruisselets à la recherche d’un passage entre les cailloux, sous une touffe d’herbe, le long d’une racine, avant d’emprunter le chemin tracé avec patience par des animaux. Mais nous reviendrons.» (p. 49)


Pleurer au supermarché de Michelle Zauner (Christian Bourgois).

André Bernier, Librairie L’Option : «En accompagnant sa mère d’origine coréenne atteinte d’un cancer et en vivant le deuil qui s’ensuit, l’Américaine Michelle Zauner ne se contente pas d’évoquer la douleur, elle rend aussi un hommage senti à l’alimentation et à la gastronomie qui contribuent à nous définir. Un récit touchant et original!»

EXTRAIT DU LIVRE :

«C’est en cuisine que ma mère exprimait son amour. Sous ses airs insensibles et ses critiques, malgré la pression de ses attentes irréalistes, sa tendresse irradiait des pique-niques qu’elle me préparait pour l’école et des plats qu’elle concoctait exactement comme je les aimais. Je parle à peine coréen, mais dans les rayons de chez H Mart, j’ai l’impression d’être bilingue. Je caresse les melons et les radis en prononçant leur nom à voix haute ‒ chamoe, danmuji. Je remplis mon Caddie de tous les snacks aux paquets colorés et brillants décorés de cartoons familiers. Je pense à la fois où maman m’a montré comment plier en forme de pelle la petite carte en plastique fournie dans les sachets de Jolly Pong, pour piocher les grains de riz soufflés au caramel et les verser dans ma bouche ‒ et sur mon t-shirt, et partout dans la voiture. Je la revois me décrire les friandises de son enfance, tandis que je l’imaginais à mon âge. Je voulais copier ses goûts, fusionner complètement avec elle.» (p. 11)


La lumière vacillante de Nino Haratischwili (Gallimard).

Mario Laframboise, Librairie Gallimard : «J’ai été à la fois happé et bouleversé par ce livre. On y suit le destin de quatre amies en Géorgie, lors du démantèlement de l’Union Soviétique, alors que le pays tente de se reconstruire. C’est une saga d’une incroyable ampleur, dans lequel nous est donné tout le contexte sombre de cette époque. Nino Haratischwili nous trace le portrait de quatre personnages féminins riches, chacune portant ses contradictions et son caractère bien distinct. J’ai pleuré en lisant ce roman – de joie, de peine, de colère –, en les suivant dans leur amitié, leur découverte de l’amour, leurs pertes, leurs trahisons… Je me suis fait des amies à travers ces pages, que j’étais triste de quitter à la fin. Un roman tout à fait inoubliable qui restera à jamais gravé en moi!»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Oui, notre pays a toujours sympathisé avec les Robin des bois de ce monde, avec les antihéros et les antisystèmes, et il est rempli de cette aspiration rebelle du petit peuple à la liberté et des mythes sur sa propre insoumission. C’est l’éternelle histoire de l’homme simple qui entre tout seul en guerre contre un appareil surpuissant. Notre société à deux vitesses regorge de marginaux et de réfractaires qui n’ont pas voulu se mettre au service d’un État mensonger, afin de rester "honorables", oubliant que le chemin qui mène au boycott en passant par le refus et la démarcation aboutit inévitablement à la criminalité. Tandis que la plupart jouaient les ardents communistes et pouvaient profiter de leur normalité prescrite par l’État, ces contradicteurs voulaient monter sur les barricades. Et ils l’ont fait. Ils l’ont fait de manière très conséquente, jusqu’à ce que toute normalité soit réduite en cendres.» (p. 156)


Jacaranda de Gaël Faye (Grasset).

André Bernier, Librairie L’Option : «C’est LE roman de l’après-génocide au Rwanda. En imaginant la découverte du pays par un adolescent français dont la mère est d’origine rwandaise, Gaël Faye amène ses personnages à raconter l’histoire souvent tragique de ce pays et montre même l’espoir de la jeune génération. Aussi émouvant que fascinant!»

EXTRAIT DU LIVRE :

«Jour d’exhumation. Une foule nombreuse s’est réunie au sommet de la colline : les juges gacaca, les prisonniers, les villageois, quelques ouvriers, Claude, Sartre et moi. Le Chat a indiqué l’emplacement du charnier. À l’endroit où se trouvaient les latrines, une maison a été bâtie par la famille d’un tueur qui cherchait à dissimuler ces preuves encombrantes. Une tractopelle est arrivée en crachant sa fumée noire sur le chemin pentu. En moins d’une heure, la maison a été rasée. Aussitôt les ouvriers se sont mis au travail, creusant la terre avec des pelles. En début d’après-midi, l’un d’eux a découvert un premier crâne. Une bâche en plastique a été étendue dans l’herbe pour y déposer les restes des victimes : dix-sept crânes, trente-quatre fémurs, différents ossements, des vêtements et des objets entreposés au grand air devant la foule. Parmi les objets se trouvait le chapelet de Solange, la mère de Claude. Les ossements ont ensuite été nettoyés un par un avec des brosses à dents avant d’être placés dans des cercueils destinés à rejoindre le mémorial. Sartre m’a expliqué que, lors des prochaines commémorations d’avril, les victimes seraient inhumées au cours d’une cérémonie religieuse : enterrées "en dignité", comme on dit au Rwanda.» (pp. 136-137)


L’Association des libraires du Québec souhaite souligner l’appui reçu pour ce projet qui rallie l’ensemble des secteurs du milieu du livre dans un but commun : stimuler l’intérêt des jeunes pour les livres et faire rayonner les ouvrages marquants de l’année. Merci à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), au Conseil des arts du Canada (CAC), au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), au Conseil des arts de Montréal (CAM), au Patrimoine canadien (PCH), à Gestion SLIM et aux partenaires officiels du Prix, MarquisSustana, Laurentien, l’Association internationale des études québécoises, la BTLF et la coopérative des Librairies indépendantes du Québec (LIQ) pour leur précieuse collaboration à la réalisation de ce dévoilement.



Gestion SLIM remet des bourses de 3 000 $ à chacun·e des créateur·rice·s lauréat·e·s des catégories Poésie et Bande dessinée Québec.



Le Conseil des arts de Montréal remet une bourse de 5 000 $ à l’auteur·rice lauréat·e de la catégorie Essai.




Le Conseil des arts et des lettres du Québec remet une bourse de 10 000 $ à l’auteur·rice lauréat·e de la catégorie Roman | Nouvelles | Récit Québec.


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